Il est des expositions, rares, qui se résument à une seule oeuvre, tant sa présence solaire, magistrale, souveraine, ne saurait laisser place à aucune forme de voisinage. Plus rarement encore, cette oeuvre a précisément été conçue, dans son unité, pour habiter un espace singulier avec lequel elle respire de manière organique.

 Tel est Le Souffle que Lydie Arickx présentera dans l’église Saint-Eustache, à partir du 10 juillet prochain.

 Suspendue à sept mètres au-dessus de la travée centrale de la nef, la sculpture dialogue avec la verticalité saisissante de l’édifice gothique et sa lumière changeante, manifestant la dimension théâtrale de lespace sacré et son évidente symbolique d’élévation. Le Souffle déploie une forme arborescente rouge, découpée dans laluminium avec la précision dune dentelle, présentant à sa base un socle de corps entremêlés qui semblent la soutenir. Monumentale mais légère, l’œuvre se suspend dans lair comme un souffle, résonnant subtilement avec larchitecture et lesprit du lieu.

Par sa forme, Le Souffle évoque à la fois le corail des forêts marines et lArbre de Vie,  la feuille et le coeur, mariant ainsi la profondeur des océans à la vastitude du ciel. La sculpture se déploie comme une immense feuille de vitrail suspendue, jouant au fil du jour avec l’ombre et la lumière, dans la grande tradition des verrières gothiques. Au centre de l’édifice, elle peut également signifier une allusion discrète à l’histoire du saint patron de l’église, dont la conversion fut provoquée par l’apparition d’un cerf orné d’un crucifix, alors qu’il chassait en forêt. L’apparition ici n’est certes plus celle d’un cerf, mais d’une figure vivante qui tient également de la révélation, celle de notre rapport ambigu à la nature. Le Souffle tient en effet du corail, symbole de la beauté mais aussi de la fragilité des écosystèmes marins en voie de disparition. Selon cette lecture, il incarne une nature en péril, mise  à mal et abîmépar l'activité humaine. Suspendue dans l’église, cette sculpture manifeste à la fois les dangers liés à l’anthropocène et la dignité de la vie, la résilience du souffle vital qui traverse la création toute entière. Au sein d’un édifice labellisé « église verte », cette dimension s’énonce comme un manifeste, soulignée par le matériau utilisé. L’aluminium est en effet caractérisé par sa légèreté et sa solidité, mais il possède également une vertu écologique essentielle, qui en fait l’un des rares matériaux entièrement recyclables, de sorte que près de 75 % de celui produit depuis 1880 est encore en usage aujourd’hui. Son recyclage, qui ne requiert que 5 % de l’énergie nécessaire à sa production initiale, en fait un emblème du développement durable. Ainsi, au-delà de sa fonction technique, il prolonge le sens de l’œuvre : une matière vivante, en perpétuelle renaissance, inscrite dans le temps long.

  • Yannick Mercoyrol

Lydie Arickx, Le Souffle
Église Saint-Eustache, Paris
10 juillet - 29 septembre 2026

Commissariat : Yannick Mercoyrol
Un projet soutenu par la Fondation Loo&Lou pour l'art contemporain, placée sous l'égide de la Fondation de Luxembourg

EN PARALLÈLE
Exposition Lydie Arickx
Loo & Lou Gallery, Paris
11 au 30 juillet - 1er au 11 septembre 2026