Johan Van Mullem ouvre ses encres à d’autres hypothèses, une plénitude où la lumière, trouvant refuge dans la matière, déploie un entrelacement d’associations subtiles qui entraîne le regard dans une plongée méditative. Aux visages visionnaires, dissous par effet d’un sfumato intérieur, succèdent désormais des horizons traversés de verts naissants, de bleus éthérés et d’ocres rougeoyants. Prises dans un double mouvement de sédimentation et d’expansion, ses cartons et ses toiles, devenus sources de rayonnement, se stratifient et se libèrent, laissant poindre leur profondeur. La lumière, souveraine, émane des couches mêmes, révèle des transparences et fait éclore des atmosphères de brumes célestes et d’étendues balayées par les vents. Chaque œuvre paraît en prise avec les éléments, traversée par leur instabilité et leur souffle mouvant. L’œil y perçoit l’air humide, la densité des nuées, le frisson d’une eau sans repos. En contrepoint, une fugitive silhouette surgit : un nu renversé, trempé, liquéfié, d’un jaune éclatant, presque phosphorescent - une épiphanie dont le fragile suspens ramasse en lui sa propre apparition tout comme son effacement. Van Mullem travaille avec les encres de gravure et d’imprimerie, qu’il dilue puis reprend au fil de superpositions patientes. Alors se répand une pénétrante luminescence, où chaque touche garde le souvenir de ce qui fut recouvert. Et jusqu’au cœur de l’abstraction, ses œuvres conservent la mémoire des ors solaires et de l’élément liquide, telle une rémanence enfouie sous la matière. Né au Congo en 1959, nourri par ses jeunes années passées en Tunisie, l’artiste inscrit alors dans sa pratique l’empreinte d’itinérances et de déplacements, donnant naissance à une œuvre qui recueille toutes les pulsations du monde.